Transport routier de marchandises : un secteur confronté à de nombreux défis

Temps fort pour le transport routier de marchandises : la nouvelle édition du salon Solutrans revient du 16 au 20 novembre à Lyon. Chaque année, cet évènement réunit les grands acteurs du véhicule industriel et urbain. Néanmoins, depuis la dernière édition de 2019, ce secteur essentiel et en première ligne pendant la crise du COVID-19 se confronte à de multiples défis. Retour sur les tensions qui planent sur ce marché.

Le secteur du transport routier de marchandises (TRM) a dû faire face à de nombreux défis depuis la dernière édition du carrefour mondial Solutrans qui s’est tenue en novembre 2019. Certaines problématiques étaient déjà d’actualité avant la crise sanitaire. Tour d’horizon sur les évènements qui ont marqué le marché des transporteurs ces dernières années.

2020 et 2021 : des années de défis

Pendant le premier confinement, les transporteurs ont répondu présents et sont restés mobilisés pour assurer l’approvisionnement des français. Mais les coulisses sont bien plus complexes. Certains acteurs du marché ont perdu une part significative de leur volume d’activité à cause de la baisse de la demande. A l’inverse, les sociétés spécialisées dans la livraison du dernier kilomètre et/ou dont l’activité était liée à des sites de vente internet ont vu leur activité progresser. Parallèlement, la rigidité de certaines charges (assurances, charges locatives etc.) a augmenté leurs coûts d’exploitation. Le deuxième confinement a quant à lui affecté les secteurs différemment, en fonction de leur fragilité face à la demande.

Mais selon une étude du Benchmark des prix du transport routier publié par Upply et Transport Intelligence, le TRM serait à même de traverser la crise. Parmi les solutions : la revalorisation des prix qui pourrait stabiliser la baisse de 15% de 2020, la réouverture des commerces ainsi que celle des restaurants qui permet de stimuler les flux frigorifiques.

Selon le baromètre Upply, la hausse du coût du gazole, imputée au client final, aurait finalement un impact positif sur les chiffres d’affaires des TRM, mais la hausse de ces tarifs pourrait être concurrencée par la forte concurrence des pays étrangers.

Un autre élément important dans la structure de coût des transporteurs est constitué par les investissements en matériels. Les entreprises sont confrontées à un double problème : une très forte augmentation des délais de livraison des équipements et une forte hausse des prix d’acquisition. En effet, les constructeurs sont contraints de répercuter les hausses des coûts de matériaux et des composants mais souffrent aussi de ruptures d’approvisionnement.

Enfin, le Royaume-Uni n’est pas le seul pays à s’être confronté à une pénurie de chauffeurs routiers. En France, le TRM connait aussi, depuis quelques années, des difficultés de recrutement.

Pourquoi le transport routier peine à recruter ?

Patrice Clos, secrétaire général de FO Transports, annonçait dans un article publié par Ouest-France le 4 octobre que : « la pénurie dans le métier est de 60 à 65 000 chauffeurs ». Parmi les causes : « un manque de reconnaissance de la part de l’opinion publique », déclare François Baudoin, responsable breton de la Fédération nationale des transports routiers. Ce dernier expliquait dans un article de Ouest-France paru le 27 septembre que  : « Pourtant, la profession fait de gros efforts, notamment en matière de formation (apprentissage, alternance, etc.), et en direction des femmes ».

En février, STEF, l’entreprise spécialisée dans le transport, a lancé son école de conducteurs routiers, en partenariat avec l’Aftral. Même si certaines entreprises offrent des perspectives de carrière, François Baudoin estimait dans l’article de Ouest-France que « les salaires peu attractifs et la haute mobilité effraient ». En effet, le 4 octobre dernier, l’intersyndicale représentant les salariés relevant de la convention collective nationale du transport routier (CCNTR), a demandé par voie de communiqué de presse « une revalorisation substantielle de l’ensemble des grilles ainsi quun 13e mois pour tous ».

Afin d’atténuer les pénuries de chauffeurs, l’Union International des Transports Routiers (IRU) appelle au gouvernement de baisser l’âge minimum des conducteurs professionnels à 18 ans, dans tous les secteurs.

Les transporteurs routiers face aux réglementations de l’UE

En juin 2021, l’Union Européenne a franchi une nouvelle étape dans son programme de lutte contre la pollution, avec des objectifs de réduction des émissions de Co2 des camions neufs de 15% dès 2025 et de 30% dès 2030.

Dans le cadre de ce programme, les Zones à Faibles Emissions mobilité (ZFE-m) ont été créées en France dès 2017 pour protéger les habitants des villes et métropoles où la pollution de l’air est importante. Seuls les véhicules les moins polluants (en fonction de leur certificat Crit’Air) ont et auront le droit d’y circuler. Depuis le 24 août dernier, elle a été généralisée à 33 nouvelles villes de plus de 150.000 habitants avec la loi Climat et résilience. La France comptera ainsi 45 ZFE-m opérationnelles d’ici 2024, contraignant ainsi à repenser le modèle de déplacement dudit « dernier kilomètre ». Certains opérateurs commencent à investir dans de nouveaux camions plus respectueux de l’environnement, notamment ceux avec des énergies alternatives car d’après une enquête de la FNTR, 26% des chefs d’entreprises interrogés ont investi dans des véhicules neufs au 1er trimestre 2021.

Mais le calendrier et le montant des aides qui seront attribuées aux plus précaires font débat, notamment à Rouen. À partir du 1er janvier 2022, cette ZFE-m doit s’élargir à quinze communes supplémentaires en Normandie. Mais le maire de Maromme, David Lamiray, confie dans un article publié par Paris-Normandie le 22 octobre, qu’il « exclut d’ores et déjà d’intégrer la ZFE dès 2022 ». Dans le même article, Olivier Blond, délégué spécial à la lutte contre la pollution de l’air à la région Île-de-France, préconise de « mettre fin à ces dispositifs mal conçus pour passer à d’autres mesures plus ciblées, plus efficaces et moins coûteuses ».

Malgré ces challenges, le TRM devrait aussi profiter de l’amélioration du contexte extérieur. La sortie de crise se confirme car d’après une étude de l’Insee, la reprise économique française sera plus importante que prévu. Sur l’ensemble de l’année, la croissance s’établirait à 6,25 %, après une récession de 8 % en 2020. Et selon la Banque de France : « La consommation de l’épargne accumulée par les ménages sera la clé de la reprise. »